Berthet One
Né à Paris en 1976, d’origine congolaise, Berthet One grandit à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis. Son parcours est celui d’un homme résilient, forgé par ses expériences, qui transforme les épreuves en force créative. Aujourd’hui reconnu comme artiste, il s’impose dans le graffiti, le street-art et en tant qu’auteur de bandes dessinées. Il est aussi un acteur engagé de la réinsertion par l’art.
Très jeune, il se passionne pour le dessin en découvrant l’illustrateur CABU dans l’émission Récré A2. Cette révélation marque le début d’un amour pour le trait et l’image. En parallèle, le hip-hop déferle en France et façonne sa génération. Il baigne dans cette culture et, dès le collège, commence le graffiti dans la cité des 4000. Il devient un acteur à part entière du mouvement, couvrant peu à peu les murs d’Île-de-France.
Mais son parcours prend un virage sombre. Il abandonne l’école, tombe dans la délinquance et en 2006 il est condamné à dix ans de prison pour braquage. Ce passage en détention sera un électrochoc. Berthet se remet aux études, décroche un bac littéraire puis un BTS en communication. C’est à ce moment là qu’il se replonge dans le dessin. D’abord pour s’évader mentalement, puis comme un moyen d’expression et de reconstruction. Un surveillant remarque son talent, l’encourage à écrire et l’oriente vers des ateliers artistiques.
Son style touche. Malgré l’enfermement, il expose ses œuvres lors de l’exposition « Talents Cachés » à Issy-les-Moulineaux, et remporte en 2009 le Grand Prix du concours Transmurailles d’Angoulême. Cette reconnaissance ouvre la voie à sa libération conditionnelle, en février 2010. Dès sa sortie, il expose à la Wild Stylerz Gallery, puis publie en 2011 L’Évasion, journal d’un condamné, une bande dessinée née en prison, vendue à plus de 10 000 exemplaires. Il y décrit avec humour et lucidité la réalité carcérale. En 2015, il publie le second tome Vive la Liberthet, préfacé par Cabu, retraçant cette fois l’après, la liberté, les galères, les choix, la reconstruction.
Mais Berthet One ne veut pas seulement raconter son histoire, il veut aussi transmettre. En 2013, il fonde l’association Makadam, qui agit pour la prévention, la réinsertion et l’accès à la culture. Grâce à l’art et au dessin, il anime des ateliers en prison, dans les MJC, écoles, médiathèques… Il aide les jeunes, les détenus, les publics fragilisés à croire en eux, à se reconstruire, à rêver à nouveau. Il est aussi un intervenant régulier de l’association Lire pour s’en sortir, qui mêle lecture, dessin et témoignages pour ouvrir les consciences.
Son ambition dépasse les frontières : il souhaite étendre ses actions jusqu’en Afrique, son continent d’origine, pour y promouvoir l’art comme levier d’émancipation.
Artiste engagé, ses œuvres — qu’elles soient murales, dessinées ou sur toile — interrogent la société avec humour, esprit critique et poésie urbaine. En 2023, il reçoit un prix du graffiti et du street-art par un jury présidé par Richard Orlinski. L’année suivante, il devient le premier artiste à signer chez StartingBlock, l’agence fondée par le rappeur Booba, Anne Cibron et Claire Dabrowski.